Airbus ouvrira le premier centre de recyclage d’avions chinois en 2023

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Airbus vient d’annoncer mi-janvier un protocole d’accord avec la ville de Chengdu, en Chine, pour développer le tout premier centre de démantèlement et de recyclage d’avions en dehors de l’Europe. Avec des milliers d’appareils vieillissants et une tendance aux commandes d’appareils neufs, des solutions durables pour intervenir dans l’ensemble du cycle de vie des avions sont plus que jamais nécessaires. Retour sur ce projet qui propose une seconde vie aux avions.

Un problème écologique latent

Depuis déjà plusieurs années, le secteur aérien essuie de nombreuses critiques quant à sa contribution d’émissions de gaz à effet de serre et à son rôle dans le réchauffement climatique. Pour pallier ce problème et rentrer dans le cadre de la transition écologique du secteur, les compagnies aériennes du monde entier multiplient les commandes d’appareils neufs auprès des principaux fabricants : Boeing et Airbus. Leurs objectifs ? Renouveler leur flotte et disposer d’avions qui consomment moins de kérosène tout en répondant à la demande du marché. Une démarche judicieuse qui met en lumière une question essentielle : que deviennent les avions retirés du marché ? 

C’est ici qu’entre en jeu l’avionneur Airbus avec Tarmac Aerosave, filiale Airbus, Safran et Suez fondée en 2007 et spécialisée dans le recyclage écoresponsable des avions arrivant en fin de vie. Ce mardi 18 janvier 2022, ils signaient un protocole d’accord (MOU) avec la ville de Chengdu pour développer le premier centre de service dédié à offrir des solutions durables aux avions en fin de course. 

« Il s’agit d’une autre contribution concrète à la quête de durabilité de l’industrie aéronautique, soutenant le principe d’une économie circulaire conformément à l’objectif d’Airbus d’être le pionnier de l’aérospatiale durable. Ce centre unique soutiendra l’expansion des services aéronautiques d’Airbus tout en permettant la mise en œuvre de la stratégie « Industrie verte » de la Chine », a déclaré Klaus Roewe, SVP Airbus Customer Services, dans un communiqué.

L’européen est stratégiquement positionné sur le marché du stockage et du recyclage d’avions, notamment grâce aux 15 ans d’expertise de Tarmac Aerosave ainsi qu’à travers ses différents sites à Tarbes (Hautes-Pyrénées), Toulouse (Haute-Garonne), Vatry (Marne) et Teruel (Espagne).

Un nouveau centre de maintenance et de recyclage

Le futur site chinois qui comptera plusieurs hangars, ateliers et zones de parking, s’étendra sur une superficie de 690 000 m2 dans la zone aéroportuaire de la 3ème plus grande ville chinoise. Le centre disposera d’une capacité de stockage de 125 avions : dans un premier temps des A320, puis des A330 les six mois suivant l’ouverture. Airbus ouvrira ensuite les services de son centre aux Boeing 737 et 777.  « En prenant en charge ces quatre familles d’appareils, nous nous adressons à 90% des avions qui seront retirés des flottes en Chine et en Asie Pacifique », précise le directeur du projet.

Ce centre, baptisé « Airbus Services pour le cycle de vie des avions », inclura plusieurs activités comme le stationnement et le stockage des avions, en passant par des services de maintenance, de modernisation, de conversion, de démantèlement et de recyclage pour différents types d’avions. Airbus sera épaulé par Tarmac Aerosave dans ces missions ainsi que par une autre de ses filiales Satair qui sera installée dans le centre. Elle aura pour rôle d’acquérir des avions vieillissants, de négocier et distribuer les pièces détachées usagées. Une mission partagée qui permettra de compléter les services liés au cycle de vie des avions ainsi que d’offrir une large palette d’interventions. 

Le groupe estime que d’ici 2030, entre 250 et 300 avions seront retirés des flottes en Chine et autant dans la région asiatique. Sur ces avions, 75% bénéficieront d’une nouvelle vie en profitant d’une transformation et d’une modernisation de leurs équipements et de leur cabine. Les 25% restants seront en revanche démantelés voire recyclés et vendus en pièces détachées. 

Pour encadrer ce projet, un accord formel devrait être signé entre les partenaires mi-2022, prévoyant ainsi une mise en service du nouveau centre d’ici 2023, sous réserve des approbations réglementaires pertinentes.

La Chine, un choix stratégique

Pour monter ce projet, la ville de Chengdu n’a pas été choisie au hasard. En effet, la capitale de la province chinoise du Sichuan (sud-ouest de la Chine) est un pôle aéronautique national majeur au centre du pays. La ville possède deux aéroports internationaux, ainsi qu’un écosystème aéronautique très développé grâce à ses sites de maintenance, de réparation de moteurs d’avions et de trains d’atterrissage. Chengdu accueille également le site de l’avionneur chinois Comac, qui a développé le C919, un appareil moyen-courrier.

En termes de part de marché, l’Asie représente environ 30% des livraisons de l’avionneur, contre 17% pour l’Europe et 16% pour l’Amérique du Nord. L’avionneur européen estime que d’ici 2040, le transport aérien aura besoin de 39 000 nouveaux avions, représentant pour la Chine plus de 8000 futurs appareils. Un renouvellement qui engendrera forcément des besoins de démantèlement. 

« L’élimination progressive des avions en Chine devrait croître de façon exponentielle au cours des 20 prochaines années. Airbus s’est engagé à investir dans la région et ce guichet unique, une première en Chine et en dehors de l’Europe, lui permettra de bien se positionner sur le marché chinois des services de ‘seconde vie’ pour les avions », précise Klaus Roewe. 

Avec cet accord, Airbus pourra davantage développer son activité de services et également renforcer sa présence en Chine. Le groupe a déjà ouvert en 2008 une ligne d’assemblage d’A320 et un centre d’aménagement et de livraisons d’A330 en 2017, à Tianjin, une grande ville portuaire située au sud de Pékin.

L’ouverture de ce premier centre de maintenance et de recyclage en Chine démontre les ambitions de l’avionneur en matière de transition écologique et de durabilité des appareils présents sur le marché. Mais au-delà de répondre à des questions environnementales, ce nouveau projet permettra également à Airbus de se positionner d’ores et déjà sur le marché chinois du démantèlement qui risque d’exploser dans les années à venir.

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Image de couverture :  photo d’illustration.