[Project Vesta] Une ONG veut stocker le CO2 grâce à du “sable vert”

 

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Et si la solution idéale pour lutter contre les émissions de CO2 se trouvait dans le sable de nos plages ?
Plus précisément dans l’olivine, une pierre précieuse volcanique de couleur verte. C’est de là qu’est issu le fameux “sable vert”. On le retrouve notamment à la Réunion ou à Hawaï. 

Ce pari, c’est celui de l’ONG “Project Vesta”, en recherche constante de solutions pour lutter contre le réchauffement climatique.
Son expérimentation viserait à transformer les plages et la mer en véritable capteur de carbone afin de préserver l’environnement.

Un projet porteur de sens, qui pourrait changer l’aspect de nos plages et surtout aider à préserver notre planète.

Retour sur cette expérimentation ambitieuse dans notre article de la semaine.

 

 

Un processus ingénieux 

 

Lutter contre le réchauffement climatique, réduire les émissions de CO2… Créée en avril 2019, l’ONG “Project Vesta” aspire à des solutions toujours plus ingénieuses en faveur de l’environnement.

Cette fois-ci, c’est à l’aide d’un minerai plus connu sous le nom d’olivine que l’ONG s’y prend. 

L’olivine est un minerai du groupe des silicates que l’on retrouve en grande quantité sur des îles volcaniques comme celles de la Réunion ou Hawaï.
La roche se forme lors d’éruptions volcaniques. Les silicates de fer et le magnésium présents dans le magma sont propulsés dans l’air. Ils se transforment en olivine, avant de se fondre dans la lave.

Ce projet fait donc appel à un procédé de géo-ingénierie. Il s’agit de l’altération forcée. Elle consiste en un processus naturel via lequel le CO2 présent dans l’atmosphère se retrouve stocké par les organismes marins sous forme de calcaire.
Concrètement, ici, le minerai est extrait, dispersé sur les plages, en remplacement du sable actuel. Il est ensuite réduit en poudre par l’action des vagues.
Lorsque l’eau de mer entre en contact avec cette poudre, l’eau déclenche une infime réaction chimique. Celle-ci permet ainsi d’altérer l’olivine : elle va alors réagir en retirant le CO2 de l’air et produire du HCO3 (bicarbonate).
Ce dernier, rejeté dans l’océan, est consommé par plusieurs organismes. Il est ensuite transformé en coquillages et structures coralliennes qui stockeront le CO2. 

Selon l’ONG, une tonne d’olivine permettrait l’absorption de 1,25 tonnes de CO2.
De plus, les composés produits sont alcalins. Ils influent donc sur l’acidification de l’océan en la réduisant fortement : phénomène responsable du réchauffement climatique. 

Cette solution pourrait éliminer et stocker au fond de l’océan “bien plus que ce que les êtres humains ont rejeté depuis la révolution industrielle”, selon une étude menée par le MIT Technology Review.
“Notre vision consiste à aider à renverser le changement climatique en transformant 1000 milliards de tonnes de CO
2 en rocher”, expliquent les fondateurs de Project Vesta.

 

 

// À (re)lire : USA : une étude de faisabilité pour stocker le CO2 des cimenteries dans… des puits de pétrole !

 

 

 

Des tests grandeur nature dans les Caraïbes

 

Crédit : Project Vesta

La start-up vient de lever 1,5 millions d’euros pour réaliser des premiers tests grandeur nature sur deux plages des Caraïbes.
S’ils savéraient concluants, l’ONG déploierait à plus grande échelle sa solution d’absorption de  CO2.
“S’il est déployé sur seulement 2 % des mers épicontinentales, le dispositif pourrait permettre de capturer 100 % des émissions humaines annuelles”, explique dans un communiqué l’organisation.

Grâce à ces initiatives, les émissions de CO2 déjà créées et polluantes pourraient être maîtrisées et, à terme, disparaître ! 

Le Project Vesta a initialement été lancé par Climitigation, un Think Tank climatique américain créé en 2016.
Celui-ci déplorait le peu de projets d’élimination des dommages existants causés par le CO2.

“Il existe de nombreux gouvernements, organisations et personnes qui travaillent à arrêter ou ralentir la diffusion du CO2 dans l’atmosphère”, explique Climitigation sur son site web. “Mais on ne se concentre pas assez sur la réparation des dommages existants”.
Ici, le but est de capturer le CO2 atmosphérique et non pas seulement de le réduire.
La réduction des émissions de CO2 ne suffira pas pour résoudre la crise climatique”, insiste Eric Matzner, le cofondateur de la start-up.

 

 

// À (re)lire : « Ciment écologique » : un avenir vert pour le BTP ? 

 

 


Une solution encore jamais testée

 

La solution de géo-ingénierie proposée par Project Vesta n’est pas nouvelle.
Dès 1990, une étude parue dans Nature avait conceptualisé l’altération forcée.
Le chercheur suisse W.Seifritz proposait déjà d’utiliser des silicates pour capturer le CO2. Cependant, encore aucune solution de ce type n’a été testée.

Bien qu’assez simple en principe, cette méthode nécessite d’abord d’extraire l’olivine. Malgré une grande quantité d’olivine sur Terre, elle est souvent incluse dans d’autres roches, ce qui complique son extraction.
Elle doit ensuite être transportée vers les plages avant d’être dégradée par la mer en sable fin. Un procédé qui peut prendre plusieurs années…

En revanche, si la dégradation de l’olivine permet la captation du CO2 et la réduction de l’acidification des océans, elle pourrait néanmoins apporter des dommages pour les écosystèmes.
Geoengineering Monitor, une organisation qui informe sur les avantages et les inconvénients de solutions de géoingenierie, a pointé du doigt un problème majeur inhérent à cette solution. Il s’agit de la dissolution en grande quantité de silice et autres minéraux de l’olivine dans la mer.
Cette dissolution pourrait avoir un réel impact négatif sur l’écosystème marin. Cela est notamment dû à la prolifération de phytoplancton qui crée des zones d’anoxie, c’est-à-dire des zones sans oxygène.

 

 

 

Des entreprises engagées auprès de Project Vesta

 

Pour aider dans la réalisation de ce projet, des acteurs extérieurs peuvent s’engager auprès de Project Vesta.
Le travail de l’ONG est en open source. Il est ouvert aux contributions extérieures, comme celle de l’entreprise de solution de paiement en ligne Stripe, premier client du projet.

“Notre vision est d’aider à inverser le changement climatique en transformant un billion de tonnes de CO2 en roche”, précisait l’ONG en mai dernier. Elle ajoutait : “Aujourd’hui, Stripe a annoncé avoir préacheté plus de 3 kilotonnes d’émissions négatives de dioxyde de carbone du projet Vesta. Cela nous rapproche de 3,333 étapes de la réalisation de notre vision.”.

Stripe a donc racheté l’émission de 3 tonnes de CO2 au prix de 75 dollars la tonne, soit 7,5 fois le prix espéré à l’origine.
Depuis 2019, l’entreprise s’est engagée à réduire le carbone. Objectif : préserver l’environnement et encourager les entreprises à œuvrer pour l’économie des émissions négatives, en plein essor.

“Nous sommes ravis d’être le premier client de Project Vesta! Nous espérons que leurs travaux visant à valider l’altération forcée des côtes permettront d’améliorer la compréhension mondiale de cette approche des émissions négatives à fort potentiel.”, a indiqué Ryan Orbuch, membre de l’équipe de stratégie climatique de Stripe.

 

 

La captation et le stockage du CO2 : des solutions de plus en plus durables face à l’urgence climatique.

De nombreux projets se développent sur la base de ces objectifs. Un exemple ? On peut citer “Tundra”, issu de l’étude menée par Total, LafargeHolcim et Oxy Low Carbon. Il s’agit d’évaluer la faisabilité de la captation du CO2 dans une cimenterie Holcim Portland à Florence (Colorado, États-Unis).
Objectif : assurer le stockage du CO2 dans des puits de pétrole.

L’initiative de Project Vesta pourrait permettre une nouvelle vision et une nouvelle approche liée au problème des émissions de CO2.
Si l’on ne parle pour le moment que d’une expérimentation, elle pourrait être développée à plus grande échelle en cas de succès.

 

 

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