« Ciment écologique » : un avenir vert pour le BTP ?

 

En remplacement de l’actuelle réglementation thermique (RT 2012) entrera en vigueur la RE 2020, nouvelle règlementation environnementale. Celle-cipourrait bien rebattre les cartes dans le secteur du BTP.

Au-delà de calculer et de réglementer la consommation énergétique des bâtiments, la RE 2020 s’attaquera également au bilan carbone de leur construction.

Comme en témoignent deux immeubles haut de gamme de huit et seize étages presque entièrement construits en bois par le promoteur immobilier Emerige (Paris XIII), le bois a fait son grand retour dans la construction. De leur côté, les matériaux biosourcés tendent à se démarginaliser. Malgré ces mutations du secteur, le « Roi Béton » reste pour l’heure indétrônable.

Principal composant du béton, le ciment est devenu en 200 ans le matériau manufacturé le plus consommé au monde.

A tel point que les cimentiers historiques cherchent désormais à alléger leur empreinte écologique. Or ils pourraient bien être bousculés par l’innovation de nouveaux acteurs du marché, tels que celle de Hoffmann Green Cement Technologies (HGCT).En effet, la start-up vendéenne a mis au point un ciment écologique produit en France à base de déchets industriels.

Créée en 2015, l’entreprise vient d’ailleurs de réussir son entrée en bourse. Son ciment décarboné pourraitbien rapidement gagner des parts de marché.

On fait le point pour vous dans notre article de la semaine.

 

 

Le BTP face au mur de l’urgence écologique 

 

Chaque année, 4,6 milliards de tonnes de ciment sont produites dans le monde, dont 18 millions en France seulement.

Rappelons qu’en France, un tiers des émissions de gaz à effet de serreainsi que près de la moitié de la consommation énergétique découlent de la construction et de l’occupation des bâtiments.

Problème : sa fabrication traditionnelle est très polluante !

Pour rappel, la production du ciment classique dit ciment « Portland » est issue de la transformation du calcaire. Extrait en carrière, le calcaire est cuit à près de 1500°. On obtient alors le clinker, base du ciment.

Très énergivore et gourmand en ressources naturelles, ce ciment est donc fortement émetteur de gaz à effet de serre. Onestime que la production d’une tonne de ciment Portland génère entre 765 et 900kg de CO2 .

Avec 50% de ciment par m3 de béton, ce dernier fait partie des matériaux les moins écologiques à sa fabrication.

Selon les derniers chiffres, l’industrie du ciment serait à elle seule responsable de près de 5 % des émissions annuelles de CO2 de la planète.

Les alarmes de l’urgence climatique retentissent partout dans le monde, voyant ainsi la France viser la neutralité carbone d’ici 2050.

Paradoxalement, les travaux du Grand Paris Express s’apprêtent à engloutir plusieurs millions de tonnes de béton pour édifier les 200 km de métro supplémentaires prévus.

Moralité : le secteur du BTP n’a pas d’autre choix que d’opérer une profonde mutation. C’est dans ce contexte climatique complexe qu’émergent des acteurs du BTP apportant des solutions plus respectueuses de l’environnement, comme Hoffmann Green Cement Technologies.

À (re)lire : Grand Paris Express : la totalité des lignes réalisées en 2030 !

 

Le premier « ciment écologique » produit à base de déchets industriels en France 

 

Le ciment décarboné d’HGCT devient blanc après séchage. – © Journal du Pays Yonnais

 

Julien Blanchard est le patron du fabricant français d’enduits et de produits à base d’argile Argilus. David Hoffman est ingénieur chimiste. Leur point commun ? Depuis 2014, ils se sont associés pour créer Hoffmann Green Cement Technologies (HGCT), la première cimenterie capable de produire du ciment décarboné.

« Il est possible de faire du ciment sans puiser dans nos ressources naturelles et en préservant l’environnement. Avec cette innovation, on répond concrètement à une urgence climatique », explique Julien Blanchard, président du Directoire de HGCT.

Bien que le fruit de cette collaboration n’ait pas donné naissance à un ciment « 100% écologique », les deux associés s’en sont tout de même rapprochés. Leur formule et leur procédé technologique permettent ainsi de fabriquer du ciment « avec des co-produits provenant de l’industrie, comme l’argile, le gypse, le laitier haut fourneau, issu de la sidérurgie ».

Breveté, ce ciment plus « vert » est composé :

  • de boue d’argile (provenant du lavagedes carrières)
  • de granules (issus de la fonte d’acier)
  • et de gyse (roche que l’on trouve notamment dans les déblais du Grand Paris).

« Vous n’avez plus besoin d’aller chercher du calcaire dans des carrières ni de le cuire à 1 450 degrés pendant 18 heures en utilisant du charbon », se réjouitJulien Blanchard.

 

À la place de l’étape de cuisson, l’entreprise travaille ces matériaux « à froid » en les mélangeant à des activateurs et sur-activateurs.

Résultat : un ciment aux émissions de COquasiment divisées par 5 ! La production d’une tonne de ciment HGCT produit 200kg de CO2 contre jusqu’à 900kg pour le ciment Portland.

De plus, ce ciment « décarboné » ne contraint pas les producteurs de béton à investir dans de nouveaux outils. Livré sous forme de poudre, il suffit d’y ajouter eau, sable et gravillons comme pour le ciment traditionnel.

Leader européen de l’immobilier commercial, Unibail-Rodamco-Westfield a été le premier en France à être séduit par cette initiative suite aux conseils d’Eiffage Construction. L’entreprise y fait appel sur le chantier de la réhabilitation des Ateliers Gaité à Montparnasse (Paris XIV).Son escalier « bas carbone » est visible à la gare Montparnasse.

 

2 nouvelles usines

© Hoffmann Green Cement Technologies

 

Fin 2018, leur première levée de fonds de 15 millions d’euros a permis la création d’une première usine à Bournezeau (Vendée). Le 21 octobre dernier, Hoffmann Green a réussi son entrée en bourse sur le marché EuroNext Growth.

Ce succès a permis une nouvelle levée de 75 millions d’euros à la start-up vendéenne, « la plus importante depuis la création de ce marché en 2005 », souligne Julien Blanchard.

Tout cela permet à HGCT de financer deux futures usines. De fait, la première usine historique tourne déjà àplein régime, devenant ainsi trop petite pour son carnet de commandes bien rempli. L’une se situera donc près de cette dernière à Bournezeau. La troisièmeest attendue en région parisienne, « pour réaliser, d’ici 2024, une production de 550 000 tonnes par an et atteindre 3 % des parts de marché français du ciment ».

 

 

Les entreprises polluantes de plus en plus taxées

 

En parallèle d’un carnet de commandes qui ne cesse de s’allonger et de volumes de production amenés à exploser suite aux deux nouvelles usines, HGCT dispose d’un autre atout pour sa croissance. La scale-up pourra également compter sur l’appui indirect de la Commission Européenne qui souhaite verdir le secteur du BTP.

« En Europe, le coût des quotas carbone progresse depuis 2017 et va continuer à augmenter pour atteindre 25 à 30 euros par tonne de CO2 émise chaque année par une entreprise polluante. Le but est de répondre aux objectifs des accords de Paris lors de la COP 21 » analyse Julien Blanchard.

Voilà de quoi permettre à Hoffmann Green Cement Technologies de faire avancer leschoses et de gagner rapidement des parts de marché : l’entreprise vendéenne estime en effet avoir une avance de cinq ans sur la concurrence grâce à la formule secrète de son ciment décarboné.

 

 

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