Annecy : un quartier bientôt chauffé et refroidi grâce à l’eau du lac

 

Et si l’eau, notamment celle des plus grands lacs, était la solution pour optimiser notre consommation d’énergie dans le respect de l’environnement ?

C’est en tout cas le projet qui vise le lac d’Annecy en Haute-Savoie. Déjà utilisée pour l’alimentation du réseau de distribution d’eau locale, le lac devrait bientôt permettre de chauffer et de rafraîchir tout un quartier annécien.

C’est le groupe Idex, spécialiste des énergies renouvelables, qui est en charge de créer et d’exploiter le futur réseau de chaleur et de froid renouvelable. Idex vient d’obtenir l’ensemble des autorisations nécessaires au lancement du projet. Il est prévu que ce dernier profite au quartier des Trésums, situé au bord du lac d’Annecy, sur le site de l’ancien hôpital de la ville.

On fait le point pour vous dans notre article de la semaine.

 

Assurer le confort thermique des Trésums

Le futur quartier des Trésums à Annecy – © Crédit Agricole Immobilier

 

Ce nouveau réseau thermique est prévu pour une durée d’exploitation de 30 ans. Le futur quartier des Trésums devrait jouir d’un confort thermique optimal applicable aux infrastructures qui composent la zone : 18 bâtiments, une résidence seniors, un hôtel, ainsi que le futur centre nautique municipal.

À l’horizon 2022, ce quartier comptera plus de 550 logements, dont 30% de logements sociaux.

Thierry Billet, élu annécien et vice-président du club Climat Air Énergie du Grand Annecy, a annoncé le lancement du projet en septembre 2019. Le projet venait alors d’obtenir un avis favorable du commissaire enquêteur au titre de l’autorisation environnementale.
« Plus rien ne s’oppose au commencement des travaux avec la phase délicate que constituera le passage sous la départementale 1 508 » soulignait Thierry Billet. Il a précisé qu’il s’agira là de la première boucle d’eau destinée à alimenter un réseau de chaleur en France.

L’installation de la pompe à chaleur et de son réseau de raccordement souterrain sont conçus et mis en place par les sociétés SGI ingénierie et Idex Territoires. Son coût total s’élève à 5,7 millions d’euros, dont 1,7 millions d’euros sont pris en charge par l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME).

Si la réussite du projet est à la hauteur des ressources mobilisées, d’autres bâtiments de la ville d’Annecy pourraient être raccordés à cette installation dans les années à venir.

 

 

Un réseau de chaleur à Annecy

 

Concrètement, qu’est-ce qu’un réseau de chaleur/froid ? Il s’agit d’une installation qui rassemble un ou plusieurs équipements de production de chaleur, un réseau de distribution, et plusieurs consommateurs.

La chaleur et/ou le froid sont transportés au sein d’un ensemble de canalisations vers une zone spécifique (généralement un quartier). Ce type de réseau de chaleur est en plein développement, reconnu comme un levier essentiel au développement de la chaleur renouvelable. De fait, les réseaux de chaleur/froid sont généralement alimentés par des énergies renouvelables ou de récupération. C’est le cas dans ce projet où la source de chaleur et de froid n’est autre que le lac d’Annecy.

Le projet se présente comme une « boucle d’eau » souterraine. Elle partira du Lac d’Annecy, passera sous la route qui sépare le lac du centre-ville, avant de revenir au lac.

 

Quel est le fonctionnement technique de cette boucle ?

D’abord, l’eau sera puisée à 40 mètres de profondeur du lac (moyenne de sa profondeur). La température y est constante, à 7°C hiver comme été. Ensuite, cette eau puisée alimentera des pompes à chaleur. En effet, ces pompes sont connectées à un réseau de chaleur urbain. Ce réseau desservira l’ensemble du quartier en chauffage et en eau chaude sanitaire, grâce à l’énergie générée par son effort d’acheminement. Enfin, l’eau pompée sera ensuite refroidie avant d’être restituée au lac, dans le même volume et sans traitement. Ce process limite ainsi son impact sur le niveau et la qualité de l’étendue d’eau du lac.

« À titre de comparaison, on pompe chaque année dix fois plus dans le lac pour alimenter le réseau de distribution d’eau potable. Cela représentera chaque année moins de 1 % des millions de m3 qu’il contient », explique Thierry Billet. Il explique que « l’intérêt, c’est aussi que ce sera beaucoup plus rentable pour les habitants car l’eau ne coûte rien et son prix va rester stable à travers les années ».

Le système de refroidissement sera construit sur le principe du « geocooling », qui permet de refroidir par l’intermédiaire d’échangeurs.

Les travaux de construction du quartier en question ainsi que des 400 mètres de réseau de cette « boucle d’eau » étaient initialement prévus pour l’hiver 2020. L’ouvrage a pris quelques mois de retard : il commencera au printemps 2020 pour une mise en service estimée à l’automne 2021.

 

 

Une solution aux enjeux environnementaux

Au total, le groupe Idex estime que son réseau de chaleur couvrira tout ou en partie des besoins énergétiques de la zone. Il devrait assurer 100% des besoins en climatisation du quartier (soit 400 MWh par an) et 95% des besoins en chauffage et en eau chaude des bâtiments reliés à ce réseau (soit 11 000 MWh par an).
Quant aux 5% restants, ils seront assurés par des chaudières à gaz. Ces chaudières prendront également le relais en cas de dysfonctionnement du système. L’exploitant précise que ces dernières « assureront également le secours de l’installation en cas de besoin », comme lors de pics de consommation ou de vagues de grand froid.

Pour rappel, la première source d’énergie « entrante » des réseaux de chaleur en France est le gaz naturel. Cependant, le pourcentage des énergies renouvelables et de récupération a nettement progressé ces dernières années. En 2018, l’utilisation des énergies « vertes » représentait en cumulé plus de la moitié du mix énergétique des réseaux de chaleur français.

En se servant d’une source d’énergie verte renouvelable, la ville d’Annecy consommera 15 fois moins d’électricité qu’un système de climatisation conventionnel soit 2 250 tonnes de COen moins par an. Si l’on se focalise sur les émissions de COactuelles d’Annecy, le chiffre est tout aussi impressionnant. A terme, le projet devrait permettre d’abaisser de 1,5 millions de kilos ses émissions de CO2 annuelles liées aux besoins en chauffage et climatisation.

La totalité de l’eau prise dans le lac lui est entièrement restituée une fois la boucle terminée. Cela valorise 65% d’énergie renouvelable.

« On est très fiers de ce projet exemplaire sur le plan environnemental, poursuit l’élu. Ici, le lac est sacré. Nous nous sommes assurés que cette installation n’aura aucun impact négatif sur l’environnement et le lac. En nous basant sur l’expérience menée à Genève où l’on puise déjà l’eau du lac Léman depuis quelques années. », se réjouit le conseiller municipal au développement durable d’Annecy.

Dans un communiqué, le groupe Idex affirme qu’« une étude environnementale a été réalisée pour vérifier l’impact du projet sur le lac d’Annecy. Les mesures mises en œuvre permettront de surveiller et de préserver la qualité du milieu naturel. »

 

 

 

Un procédé qui a déjà fait ses preuves en Suisse

Bien qu’Annecy soit la ville précurseuse du système en France, celui-ci a déjà fait ses preuves hors Hexagone.

C’est le cas depuis plusieurs années en Suisse, autour du lac Léman avec « GéniLac ».
Ce projet offre l’opportunité à Genève de se doter peu à peu du plus grand réseau thermique écologique jamais bâti au sein du canton. GéniLac s’étend du lac au centre-ville, puis à la zone aéroportuaire. Une fois pompée, ce vaste réseau hydrothermique achemine directement l’eau vers les bâtiments d’un quartier voisin.

Objectif : rafraichir et chauffer ces bâtiments en se basant sur des énergies renouvelables et des pompes à chaleur haute performance.

Commencé en 2015, GéniLac compte déjà huit bâtiments raccordés au réseau et s’achèvera en 2035 après 30 kilomètres de conduite attendus.

 

 

Des solutions plus écologiques pour les grandes villes

Les problèmes de chaleur excessive sont désormais monnaie courante dans les grandes villes. A mesure que les températures augmentent, les habitants des zones urbaines sont de plus en plus tentés de recourir aux climatisations individuelles.

Heureusement, les grandes métropoles tendent de plus en plus à se tourner vers des réflexions éco-responsables pour des solutions écologiques.

En effet, pour des raisons environnementales évidentes et pour le bien-être de l’ensemble des habitants, les climatisations individuelles ne sont pas des solutions envisageables sur le long terme.

Pourquoi ?

Les climatisations individuelles conduisent à des phénomènes d’îlots de chaleur.

Mais encore ?

La production d’air frais en intérieur engendre un rejet d’air chaud en extérieur, lui-même multiplié par le nombre de climatisations. Lors de fortes chaleurs, les climatisations individuelles ont paradoxalement tendance à faire augmenter la température des grandes villes de… plusieurs degrés ! Un cercle vicieux contre lequel les grandes villes tentent de lutter via des solutions environnementales adaptées.

À Londres, par exemple, « Bunhill Heat and Power Network » a débuté en 2012 avec l’objectif, à terme, d’alimenter de nombreux bâtiments londoniens. Plus de 1 350 foyers, des écoles, des bureaux, ainsi qu’un centre de loisirs seront donc couverts en énergie grâce… au métro !

La chaleur qui s’y trouve sera récupérée par une pompe à chaleur puis transformée en chauffage avant d’être finalement redistribuée dans les logements du quartier voisin.

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La France est décidément en bonne position dans la course aux projets énergétiques responsables. On peut également citer la ville de Levallois-Perret qui a commencé à repenser sa structure.
Elle teste des revêtements qui diminuent la chaleur afin de lutter contre le réchauffement des grandes agglomérations.

À(re) lire : La ville de Levallois-Perret teste des revêtements qui diminuent la chaleur

 

Ces dispositifs hydrothermiques ne sont pas seulement bénéfiques aux habitants des grandes agglomérations. Ils profitent aussi, si ce n’est avant tout, au climat.
La température des grandes zones urbaines étant elle-même déréglée par les usages énergétiques de leurs consommateurs, ce procédé sera-t-il un viable pour lutter contre ce phénomène du serpent qui se mord la queue ?

 

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