Aéroport d’Orly : le chantier pharaonique de la reconstruction de la piste 3

buté le 28 juillet dernier, le chantier de la piste 3 de l’aéroport d’Orly bat son plein.
Les quatre premières semaines ont été dédiées à la rénovation du croisement de la piste 3 avec la piste 2. Désormais c’est le reste de la piste 3 qui est en plein chantier.

Malgré l’ampleur de cette reconstruction, les délais semblent pour le moment être tenus par ADP, avec une fin des travaux prévue pour le 2 décembre prochain.

Retour sur ces travaux historiques dans notre article de la semaine.

Reconstruire l’une des pistes majeures d’Orly !

 

 

Crédit : ADP – DGAC

Reconstruire l’une des pistes majeures de l’aéroport d’Orly représente un défi titanesque.

Avec plus de 700 employés et de 150 engins prêts à détruire 2 300 mètres d’une piste de 47 mètres de large, les travaux promettent d’être impressionnants tout au longdes 18 semaines prévues.
Chaque jour les ouvriers s’affairent sur les 110ha de la piste, aidés de camions à benne basculante, de concasseurs, de compacteurs, de finishers, de tombereaux, de niveleuses, de toupies béton, et bien d’autres engins spécialisés pour remettre à neuf cette piste.

Bombardée par les Allemands en 1944, la piste n°3 était sortie de terre quelques années plus tard en 1947, avant d’être rallongée en 1959 pour atteindre une longueur de 3320 m.

A l’époque les anciens hangars pour dirigeables Freyssinet se trouvant sur le futur emplacement de la piste de l’aéroport d’Orly avaient été détruits.

De nombreux filins appartenant à sa structure métallique avaient alors été enfouis dans la structure de la piste par les ouvriers ne sachantque faire de ces arceaux de béton armé. Le chantier a également révélé la présence de quelques obus de l’armée allemande retrouvés dans les accotements de la piste.

La piste avait déjà fait l’objet de plusieurs grosses opérations de maintenance, mais «aujourd’hui on est arrivé à une phase où il faut qu’on reconstruise une partie de la chaussée», a expliqué Régis Lacote, PDG de l’Aéroport d’Orly.

Avec le temps et un trafic aérien très dense, la piste était devenue trop abîmée pour continuer à être utilisée en l’état.
La présence d’amiante avait été détectée dans les réseaux, l’adhérence était moindre, les postes électriques vétustes,…

Une liste importante qui a décidé les dirigeants à s’engager dans ce chantier pharaonique.

« Nous avons découvert un phénomène de battement de dalle et des désordres structurels dans la chaussée, il fallait tout refaire », explique le directeur l’aéroport.

La dalle souterraine devenue instable avec le temps sera remplacée aux deux tiers.
Le dernier tiers étant moins abimé, puisque seulement survolé lors des décollages et atterrissages, sera quant à lui remis à neuf et rechargé en enrobé sans être détruit.

 

 

Un délai très serré de 4 mois…

 

Les travaux ont débuté le 28 juillet dernier, permettant ainsi aux employés de commencer dans de bonnes conditions météorologiques. Malgré quelques pluies présentes sur le mois d’août, le chantier a bien avancé durant cette période estivale, ce qui représente un atout pour respecter les délais serrés.

Pour ce début de travaux, la piste 3 ainsi que la piste 2 ont été fermées limitant ainsi les décollages et atterrissages à Orly.
Le 2 septembre dernier la piste 2, qui avait été fermée durant l’été, a rouvert pour permettre le décollage de moyens porteurs.

Un projet gigantesque qui a mobilisé jusqu’à 1 000 personnes simultanément lors de son pic d’activité cet été, le tout sur une surface « équivalente à celle du Vatican »selon ADP.

 

Concasser directement les 300 000 tonnes de gravats sur place et s’en servir pour la reconstruction

 

Crédit : ADP – Alain Deluc / Stéphane de Bourgies

Les morceaux de bétons d’après-guerre ont donc été détruits, représentant 185 000 m2 de dalles de béton de 40 cm d’épaisseur, formant quelques 300 000 tonnes de gravats.

Afin de prendre un maximum en compte l’impact environnemental ainsi que d’optimiser l’approvisionnement du chantier, ADP a décidé de concasser directement sur place les 300 000 tonnes de gravats issus de la démolition et de les réutiliser pour les deux tiers dans la construction de la structure de la nouvelle piste.

Le dernier tiers sera stocké et recyclé sur différents chantiers du sud de l’Ile-de-France.

 

Trois usines à ciel ouvert directement sur le chantier

 

Pour rendre ces tonnes de gravats utilisables, ce ne sont pas moins de trois usines à ciel ouvert qui fonctionnent à plein régime sur le chantier.

La première, une centrale de concassage, permet de briser les blocs de bétons.

La seconde fabrique les matériaux à base du béton récupéré et concassé dans la première usine.

Et la troisième s’occupe de fabriquer l’enrobé qui sera déposé sur la piste.

Grâce à ces trois usines, les différentes couches qui constitueront la nouvelle chaussée sont fabriquées directement sur place. On retrouvera alors la couche la plus basse qui sera une couche de 60 cm de limon traité. Celle-ci sera recouverte de deux couches de 19 cm chacune de graves (gravier à granulométrie contrôlée) traitées au liant hydraulique. Ensuite deux couches de grave-bitume (goudron que l’on retrouve sur les routes et autoroutes) de 13 cm seront disposées dessus, avant de terminer par une couche de béton bitumeux aéronautique de six centimètres.

 

Un site pour suivre l’avancée du projet et répondre aux questions des riverains.

 

ADP a également mis en place un site internet (www.entrevoisins.org) pour informer les riverains sur le calendrier des travaux ainsi que sur leur avancée, avec la possibilité pour les élus ou particuliers de venir voir le chantier en personne.

La deuxième phase consistant dans la rénovation complète de la piste 3 devrait prendre fin le 18 novembre, laissant ensuite place à la phase trois consacrée aux vérifications et contrôles de sécurité.

Ces deux dernières semaines du chantier permettront donc de calibrer la piste et la mettre aux normes internationales pour reprendre du service dès la fin de l’année.

Les travaux auront donc aussi pour but de tout remettre à neuf afin de respecter les normes de l’Agence Européenne de la Sécurité Aérienne (EASA). « On profite de ces travaux pour mettre en conformité les infrastructures »,a précisé Régis Lacote.

Les postes électriques vétustes, l’amiante présente dans les réseaux et les câbles de balisage seront donc remis aux normes. Le pont laissant passer la RN7 sous les pistes ainsi que le tunnel de la ligne 14 du métro passant sous la piste 3 seront renforcés par la même occasion.

« Le tunnelier va passer à environ 30 mètres sous la chaussée mais cela n’aura pas d’impact. Des capteurs pour vérifier des mouvements de matériaux sont tout de même installés pour le vérifier »,indique Régis Lacote.

Les 2160 feux de balisage seront remplacés par un éclairage Led et la signalisation sera quant à elle totalement rénovée. Ces travaux permettront également de changer intégralement l’ensemble des multitubulaires permettant le passage de tous les réseaux.

Un chantier à près d’un million par jour !

 

A chantier exorbitant, prix exorbitant. Le coût total du chantier de quatre mois s’élève à 120 millions d’euros, soit près d’un million par jour de travaux.

Dans la section « En direct du chantier » sur le site entrevoisins.org, ADP a indiqué que « Les étapes en cours sont la pose de la première couche d’enrobé sur la piste 3, le tirage de câbles primaires et les multitubulaires, la réalisation de l’assainissement, le terrassement des abords de la piste 3 et le coulage de dalles de béton sur les voies de circulation avion. Les prochaines étapes sont la réalisation de la couche de roulement de la piste, le marquage au sol, la pose du balisage (la pose des feux et l’installation des rampes d’approche) et pour finir, l’engazonnement des abords de la piste. »

 

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